"Il y a des jours ..." par Pauline Schmidt
Récit par Pauline sur la Pilotlist du 28 Novembre 2007.
Photo issus de l'article "Pauline Schmidt, un conte de fée pour jeunes femmes modernes" - Infos Pilotes - Juin 2007 - N° 615
Pauline Schmidt, copilote sur A320 à Air France depuis l'âge de 21 ans

"Il y a des jours, comme aujourd'hui, où on ferait mieux de rester
coucher.
5h10, le téléphone sonne, "It's your wake up call", me dit la
charmante voix enregistrée. Un peu tôt pour se sortir du lit, mais la
skyteam nous attend. 5h40, en route pour Entzheim. Vu le givre qu'il
y a sur la voiture, on espère de tout coeur que l'escale de
Strasbourg aura antigivré les avions de manière préventive, comme
hier à Marseille. Mais non, le 321 F-GMZE est bien givré, ça sera
donc mon premier dégivrage de l'année.
On étudie le dossier avec le CDB, les prévis à Orly ne sont pas trop
mauvaises, pour l'instant il y a 9000m de visi et pas de nuages, mais
il se pourrait que ça tombe. Les prévisions à CDG sont un plus
pessimistes, le brouillard devrait tomber là-bas. Les collègues nous
ont laissé 6t4 de carburant hier soir (le carburant étant très cher à
Strasbourg, les équipages prennent le carburant pour l'aller-retour
dès que la charge le permet), ça suffira, ça nous laisse 40 minutes
d'attente avant de dégager sur CDG. Pendant que l'on étudie tout ça,
les équipes sol nous pressent pour dégivrer l'avion pendant
l'embarquement, mais nos procédures ne prévoient de le faire que
portes fermées, donc on leur dit d'attendre.
6h50, soit H-10, l'embarquement est terminé, on signe les papier, on
ferme les portes, et on commence le dégivrage.
On repousse à 7h06, soit seulement 6 minutes de retard, ça va, ça
aurait pu être pire.
Décollage en 23, direct EPL, tout ça avec 340 kt pour essayer
d'arriver à l'heure. Je demande par ACARS la dernière d'Orly, 7000m
et few 400ft, rien de bien grave. Il n'y a pas encore grand monde à
cette heure là en approche, on arrive à avoir une trajectoire assez
directe pour rejoindre l'ILS 26. A 7h30, dernier metar, 5000m de
visi, une RVR passée sur la 02 qui n'est pas utilisée, rien sur les
autres pistes, donc tout baigne. On intercepte le LOC avec quand même
15kt arrière, le 321 a un peu de mal à réduire et à descendre dans
ces conditions. Etablis en finale, on réduit vers 160kt car on se
retrouve 3NM derrière un collègue. 1000ft, stabilisés, le CDB a
l'avion à la main. C'est là qu'on entend le 319 annoncer sur la
fréquence :"Air France XX, on a remis les gaz, perte de références
visuelles à 100ft". Bon, ça se complique. La tour nous autorise
atterrissage dans la foulée, et on se prépare à remettre les gaz si
on ne voit pas. "+100" "Décision" "Remise de gaz, volets 3"; Et c'est
parti, comme au simu. "Vario positif" "Train sur rentré" "MAN TOGA
SRS GA TRACK ATHR bleu" "vérifié". Et c'est parti vers 2000ft, qui
arrivent très vite, juste le temps de prévenir l'ATC, et de rentrer
les volets. Pendant que je repasse avec l'approche, le CDB fait une
annonce aux passagers, qui doivent avoir trouvé ces quelques minutes
un peu longues. Le radar nous fait monter à 3000ft en vent arrière,
et on se prépare une approche cat III. On entend les autres avions en
approche s'inquiéter à juste titre de s'avoir si le terrain est passé
LVP, condition impérative pour entreprendre une approche automatique,
mais non, ce n'est pas le cas. Ca le sera heureusement quelques
minutes plus tard. Après une régulation un peu longue, on se retrouve
à nouveau en finale 26. L'approche automatique se passe de manière
impeccable, mieux qu'au simu où il nous arrive toujours une panne :-)
L'avion se pose tout seul, assez fermement, ça me rassure, je ne suis
pas la seule à avoir du mal à poser le 321 :-))) Je continue à garder
le nez dans les instruments jusqu'à la vitesse de roulage, et en
levant le nez, effectivement, on ne voit pas grand chose... Mais
c'est beaucoup plus dégagé en bout de piste et sur les parkings, donc
on roule sans problème vers V1. Seulement 19 minutes de retard, c'est
pas si mal !
Et c'est reparti pour préparer la deuxième étape, on repart sur
Biarritz. Après avoir choisi le carburant, (10t4 pour l'aller retour,
ce qui nous laissera le temps de réfléchir tranquillement en cas de
problème météo à Biarritz, où il n'y a pour l'instant que 1500m de
visi, pour un minimum de 1000m...), je pars faire la visite prévol.
L'assistant me signale une blessure sur une roue du train principal
gauche, et effectivement, c'est une sacré blessure ! (voir photo). Je
remonte porter la bonne nouvelle à mon éminent collègue, qui descend
à son tour voir le problème, et qui confirme bien qu'il faut faire
venir la maintenance. Ils viennent inspecter, et décident rapidement
qu'il faut changer la roue. Et c'est parti pour 45 minutes de
travail. Pendant ce temps le brouillard tombe franchement sur le
parking, on ne voit plus les avions en face. A 9h40, on est prêts à
partir, mais on se retrouve n°10 sur la liste des demandes de mise en
route, la cadence des décollages étant fortement ralentie. 10h16, on
repousse enfin, et commence l'épopée du roulage avec 200m de visi...
On roule très doucement, et il est très difficile de repérer les
autres avions. Et encore, on se retrouve en terrain connu, si on
était à Varsovie ou à Manchester, ça serait encore pire ! Les
décollages sont arrêtés un moment, on ne pourra décoller qu'après 30
minutes de roulage. Le CDB choisit de décoller TOGA pour être le plus
rapidement en l'air, car la visi est vraiment mauvaise sur la 24.
Mais à 200ft, on sort de la couche, et il fait beau sur l'ouest de la
région parisienne, c'est même Cavok sur Villacoublay !
Une heure plus tard, on se retrouve à Biarritz, où, le retard aidant,
le brouillard s'est levé. Arrivée au bloc 11h41, et on a un créneau à
12h11, soit un décollage au plus tard à 12h21. Ca va être dur à
tenir, mais l'escale est tellement efficace qu'après seulement 28
minutes on repousse. Les derniers bulletins de CDG et d'Orly sont
toujours aussi mauvais, mais on a toujours l'espoir que ça se lève.
Peu avant la descente, l'ATIS passe LVP sur les pistes 26 à CDG, mais
pas sur les pistes 27, et effectivement, sur le METAR, il y a 200m en
26L mais plus de 1500m en 27R. Pas d'attente à Balod, on débute
directement l'approche pour une cat III 26L. Le ciel est parfaitement
dégagé à l'ouest, on voit très bien Versailles, on voit également
très bien les pistes du Bourget et les pistes Nord de CDG, mais le
Sud est encore sous la couche, et les 26 également. C'est donc à
regret que je laisse le CDB faire l'approche, en tant qu'OPL il me
faut 800m minimum pour faire un ILS, donc toutes les approches cat
III sont conduites par le CDB.
La couche est très mince mais dense, mais le CDB annonce "on
continue" à 20ft, et l'avion se pose une nouvelle fois tout seul.
Quand je relève la tête, on ne voit quasiment rien, et on roule
doucement pour trouver la bretelle de dégagement. Le roulage est une
nouvelle fois très délicat, surtout qu'on doit traverser la piste des
décollages. Et miracle, sur le taxiway Novembre, la visi se dégage,
et on finit le roulage avec une excellent visi !
Voilà donc une bonne journée, où j'ai fait mon premier dégivrage de
l'hiver, mes premières cat III de l'hiver également, et surtout, ma
première remise de gaz en ligne depuis que je suis lâchée, ça se fête !!
Bons vols,
Pauline"
Photo issus de l'article "Pauline Schmidt, un conte de fée pour jeunes femmes modernes" - Infos Pilotes - Juin 2007 - N° 615
Pauline Schmidt, copilote sur A320 à Air France depuis l'âge de 21 ans
"Il y a des jours, comme aujourd'hui, où on ferait mieux de rester
coucher.
5h10, le téléphone sonne, "It's your wake up call", me dit la
charmante voix enregistrée. Un peu tôt pour se sortir du lit, mais la
skyteam nous attend. 5h40, en route pour Entzheim. Vu le givre qu'il
y a sur la voiture, on espère de tout coeur que l'escale de
Strasbourg aura antigivré les avions de manière préventive, comme
hier à Marseille. Mais non, le 321 F-GMZE est bien givré, ça sera
donc mon premier dégivrage de l'année.
On étudie le dossier avec le CDB, les prévis à Orly ne sont pas trop
mauvaises, pour l'instant il y a 9000m de visi et pas de nuages, mais
il se pourrait que ça tombe. Les prévisions à CDG sont un plus
pessimistes, le brouillard devrait tomber là-bas. Les collègues nous
ont laissé 6t4 de carburant hier soir (le carburant étant très cher à
Strasbourg, les équipages prennent le carburant pour l'aller-retour
dès que la charge le permet), ça suffira, ça nous laisse 40 minutes
d'attente avant de dégager sur CDG. Pendant que l'on étudie tout ça,
les équipes sol nous pressent pour dégivrer l'avion pendant
l'embarquement, mais nos procédures ne prévoient de le faire que
portes fermées, donc on leur dit d'attendre.
6h50, soit H-10, l'embarquement est terminé, on signe les papier, on
ferme les portes, et on commence le dégivrage.
On repousse à 7h06, soit seulement 6 minutes de retard, ça va, ça
aurait pu être pire.
Décollage en 23, direct EPL, tout ça avec 340 kt pour essayer
d'arriver à l'heure. Je demande par ACARS la dernière d'Orly, 7000m
et few 400ft, rien de bien grave. Il n'y a pas encore grand monde à
cette heure là en approche, on arrive à avoir une trajectoire assez
directe pour rejoindre l'ILS 26. A 7h30, dernier metar, 5000m de
visi, une RVR passée sur la 02 qui n'est pas utilisée, rien sur les
autres pistes, donc tout baigne. On intercepte le LOC avec quand même
15kt arrière, le 321 a un peu de mal à réduire et à descendre dans
ces conditions. Etablis en finale, on réduit vers 160kt car on se
retrouve 3NM derrière un collègue. 1000ft, stabilisés, le CDB a
l'avion à la main. C'est là qu'on entend le 319 annoncer sur la
fréquence :"Air France XX, on a remis les gaz, perte de références
visuelles à 100ft". Bon, ça se complique. La tour nous autorise
atterrissage dans la foulée, et on se prépare à remettre les gaz si
on ne voit pas. "+100" "Décision" "Remise de gaz, volets 3"; Et c'est
parti, comme au simu. "Vario positif" "Train sur rentré" "MAN TOGA
SRS GA TRACK ATHR bleu" "vérifié". Et c'est parti vers 2000ft, qui
arrivent très vite, juste le temps de prévenir l'ATC, et de rentrer
les volets. Pendant que je repasse avec l'approche, le CDB fait une
annonce aux passagers, qui doivent avoir trouvé ces quelques minutes
un peu longues. Le radar nous fait monter à 3000ft en vent arrière,
et on se prépare une approche cat III. On entend les autres avions en
approche s'inquiéter à juste titre de s'avoir si le terrain est passé
LVP, condition impérative pour entreprendre une approche automatique,
mais non, ce n'est pas le cas. Ca le sera heureusement quelques
minutes plus tard. Après une régulation un peu longue, on se retrouve
à nouveau en finale 26. L'approche automatique se passe de manière
impeccable, mieux qu'au simu où il nous arrive toujours une panne :-)
L'avion se pose tout seul, assez fermement, ça me rassure, je ne suis
pas la seule à avoir du mal à poser le 321 :-))) Je continue à garder
le nez dans les instruments jusqu'à la vitesse de roulage, et en
levant le nez, effectivement, on ne voit pas grand chose... Mais
c'est beaucoup plus dégagé en bout de piste et sur les parkings, donc
on roule sans problème vers V1. Seulement 19 minutes de retard, c'est
pas si mal !
Et c'est reparti pour préparer la deuxième étape, on repart sur
Biarritz. Après avoir choisi le carburant, (10t4 pour l'aller retour,
ce qui nous laissera le temps de réfléchir tranquillement en cas de
problème météo à Biarritz, où il n'y a pour l'instant que 1500m de
visi, pour un minimum de 1000m...), je pars faire la visite prévol.
L'assistant me signale une blessure sur une roue du train principal
gauche, et effectivement, c'est une sacré blessure ! (voir photo). Je
remonte porter la bonne nouvelle à mon éminent collègue, qui descend
à son tour voir le problème, et qui confirme bien qu'il faut faire
venir la maintenance. Ils viennent inspecter, et décident rapidement
qu'il faut changer la roue. Et c'est parti pour 45 minutes de
travail. Pendant ce temps le brouillard tombe franchement sur le
parking, on ne voit plus les avions en face. A 9h40, on est prêts à
partir, mais on se retrouve n°10 sur la liste des demandes de mise en
route, la cadence des décollages étant fortement ralentie. 10h16, on
repousse enfin, et commence l'épopée du roulage avec 200m de visi...
On roule très doucement, et il est très difficile de repérer les
autres avions. Et encore, on se retrouve en terrain connu, si on
était à Varsovie ou à Manchester, ça serait encore pire ! Les
décollages sont arrêtés un moment, on ne pourra décoller qu'après 30
minutes de roulage. Le CDB choisit de décoller TOGA pour être le plus
rapidement en l'air, car la visi est vraiment mauvaise sur la 24.
Mais à 200ft, on sort de la couche, et il fait beau sur l'ouest de la
région parisienne, c'est même Cavok sur Villacoublay !
Une heure plus tard, on se retrouve à Biarritz, où, le retard aidant,
le brouillard s'est levé. Arrivée au bloc 11h41, et on a un créneau à
12h11, soit un décollage au plus tard à 12h21. Ca va être dur à
tenir, mais l'escale est tellement efficace qu'après seulement 28
minutes on repousse. Les derniers bulletins de CDG et d'Orly sont
toujours aussi mauvais, mais on a toujours l'espoir que ça se lève.
Peu avant la descente, l'ATIS passe LVP sur les pistes 26 à CDG, mais
pas sur les pistes 27, et effectivement, sur le METAR, il y a 200m en
26L mais plus de 1500m en 27R. Pas d'attente à Balod, on débute
directement l'approche pour une cat III 26L. Le ciel est parfaitement
dégagé à l'ouest, on voit très bien Versailles, on voit également
très bien les pistes du Bourget et les pistes Nord de CDG, mais le
Sud est encore sous la couche, et les 26 également. C'est donc à
regret que je laisse le CDB faire l'approche, en tant qu'OPL il me
faut 800m minimum pour faire un ILS, donc toutes les approches cat
III sont conduites par le CDB.
La couche est très mince mais dense, mais le CDB annonce "on
continue" à 20ft, et l'avion se pose une nouvelle fois tout seul.
Quand je relève la tête, on ne voit quasiment rien, et on roule
doucement pour trouver la bretelle de dégagement. Le roulage est une
nouvelle fois très délicat, surtout qu'on doit traverser la piste des
décollages. Et miracle, sur le taxiway Novembre, la visi se dégage,
et on finit le roulage avec une excellent visi !
Voilà donc une bonne journée, où j'ai fait mon premier dégivrage de
l'hiver, mes premières cat III de l'hiver également, et surtout, ma
première remise de gaz en ligne depuis que je suis lâchée, ça se fête !!
Bons vols,
Pauline"
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